LES CRISES SOCIALES SONT ELLES DES JEUX A SOMME NULLE?

Je me suis toujours posé la question du véritable coût économique des crises. Je conçois pour avoir depuis plusieurs années travaillé sur le sujet que ce cout réel des crises reste compliqué à évaluer pour une raison essentielle liée au facteur temps. Personne ne peut vraiment déterminer le moment de fin de crise. Les dégats immédiats sont facilement chiffrables, les gains de pouvoir d’achat aussi, dans la mesure où ceux-ci se retrouvent en consommation de biens ou de services, donc en création de richesse économique (mais au profit de qui?).

Il est beaucoup moins aisé d’évaluer l’impact à moyen et long terme des crises majeures, qu’elles soient naturelles ou générées par l’homme. Le tissus économique est en effet en perpétuel mouvement. Qui sait si telle ou telle entreprise qui finit par jeter l’éponge après avoir subit les conséquences d’une crise aurait vraiment survécu sans cette crise? Qui sait si ces crises ne permettent pas d’éliminer les plus faibles qui perturbent inlassablement l’écosystème et ne favorisent pas l’émergence de nouveaux acteurs plus adaptés et plus performants?

L’impact de la crise actuelle qui frappe la France hexagonale, la Réunion et moins les territoires Antillo-Guyanais commence à peine à être évalué.

Les chiffres sortent et ils sont faramineux.

https://fr.news.yahoo.com/gilets-jaunes-impact-catastrophique-%C3%A0-160553518.html?soc_src=community&guccounter=1

Si ce chiffre de 13 milliards d’euros de pertes pour l’agro-industrie française est juste, il représente l’équivalent de près de 5 ans d’augmentation de la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétrolier). Ce sont des entreprises et des emplois qui ont été soit déjà perdus pour les plus vulnérables, soit mis en difficulté par ces mouvements sauvages et incontrôlés. Le bilan pour le commerce, les entreprises de transport, et surtout pour le tourisme… n’est même pas encore évoqué. La presse internationale qui s’est fait l’écho des saccages et violences au coeur d’une des Mecques du tourisme mondial fait déjà très mal.

Le Gouvernement perd juste la face pour le moment. LREM n’a même pas perdu la législative partielle de l’Essonne en pleine crise des gilets jaunes. Le Gouvernement sera sans doute plus fin à l’avenir et on peut espérer qu’il aura compris la leçon sur son propre train de vie qui cristallise la colère des millions de français qui ne s’en sortent plus.

Certains citoyens ont perdu la vie, d’autres sortiront de cette crise mutilés. Le bilan humain n’est pas négligeable. Ces martyres de la révolution des gilets jaunes resteront d’illustres inconnus. Ils ne resteront pas dans l’histoire et ils passeront malheureusement en pertes et profits d’un mouvement non contrôlé qu’ils ont choisit de suivre.

L’ambiance et l’envie dans le pays sont assurément « plombées » pour plusieurs mois. Oubliée l’euphorie de la victoire en coupe du Monde de football. La période d’unité nationale n’aura pas duré bien longtemps. Quel peut être l’impact de cette crise de confiance sur les investissements et le dynamisme économique? Il est difficile d’apporter une réponse à cette question. Il est cependant à craindre que cette crise aura un impact négatif sur l’emploi.

Enfin le plus grand perdant est peut-être l’écologie. Tout comme la crise des bonnets rouges ces mesures fiscales impopulaires et difficiles à avaler visent à rendre de moins en moins attractives les énergies fossiles dans le secteur du transport. Ce secteur est de loin le plus gros émetteur de gaz à effet de serre en volume. La qualité de notre environnement est un des rares biens que nous possédons collectivement à l’échelle de l’humanité. Le dérèglement climatique n’épargne ni les habitants des zones basses du Bengladesh, ni les ultra-riches de Californie dont les villas à plusieurs millions de dollars partent en fumée comme les forêts qui les entourent. La fiscalité environnementale est néanmoins un sujet à manier avec précaution, surtout si des pollueurs notoires restent épargnés par les mesures prises. Il est cependant certain que d’une manière ou d’une autre, chacun d’entre nous sera concerné par des mesures punitives dont la forme exacte reste à déterminer.

Les annonces du premier ministre ce matin ne sont donc qu’une modeste victoire à la Pyrrhus pour des centaines de milliers de français.

Une victoire à la Pyrrhus est une victoire (généralement militaire) obtenue au prix de terribles pertes pour le vainqueur. L’expression est une allusion au roi Pyrrhus 1er d’Epire, dont l’armée souffrit des pertes irremplaçables quand il défit les Romains pendant sa guerre en Italie à la bataille d’Héraclée en 280 av. J.-C. et à celle d’Ausculum en 279 av. J.-C.

A QUI PROFITE DONC LA CRISE?

Les gens qui ont justement mis le feu avec cette pétition en ligne, peut-être parce qu’ils n’ont pas réussi à mobiliser dans les urnes au bon moment, ont pris une sacrée responsabilité. Face au faible résultat obtenu, ces personnes et ceux, plus opportunistes qui essayent de s’engouffrer dans la brèche, sont tentées de jouer la surenchère et les prolongations pour justifier toutes ces pertes et présenter cette période comme une victoire historique contre l’injustice (qui n’a pas disparu) , les puissants (qui n’auront pas trop perdu) et Emmanuel Macron (qui continuera son mandat).

Les motivations des pyromanes ne sont pas toujours les mêmes, comme l’explique Michel Lejoyeux, psychiatre à l’hôpital Bichat à Paris. « Il y a ce que l’on appelle des incendiaires, qui allument des feux pour des raisons soit criminelles, soit agressives. Par exemple par jalousie, lorsque l’on en veut à quelqu’un, du coup on va brûler quelque chose qui lui appartient », explique ce spécialiste.

Un plaisir « presque sexuel ». « Mais il y a une forme particulière d’incendiaires – qui ne sont pas les plus fréquents – ce sont les pyromanes. C’est quelqu’un qui est fasciné par le feu, par l’allumage et la vision du feu. Il déclenche un plaisir, qui est presque sexuel [en allumant un feu]. Il y a une forte libido autour du feu », souligne-t-il. « Le pyromane ne veut pas faire du mal. La pyromanie figure dans la classification internationale des maladies comme un trouble du contrôle des impulsions. Ce sont des gens qui ont une envie impulsive d’allumer un feu, y résistent longtemps puis, à un moment, vont y céder ».

Source: Europe 1 – 13 août 2017

A la lecture de ces propos de spécialiste, je comprends qu’il y a souvent une forme d’inconscience chez le pyromane quant aux proportions que va prendre l’incendie et aux conséquences de ce dernier sur les autres sauf pour celui qui est explicitement visé (le Président Macron dans la crise actuelle). Dans le cas des crises sociales, l’incendiaire accède à la notoriété (donc au pouvoir) et peut s’en nourrir pour pousser le bouchon au delà du raisonnable.

Beaucoup ont parlé des avancées obtenues après la crise de mai 1968 pour justifier le nécessité de passer par une crise sociale majeure pour résoudre des problèmes qui sont cependant bien criants et insupportables et aussi pour « faire entendre raison au Gouvernement ».

Rappelons juste en deux chiffre le contexte en 1968 au pic des 30 glorieuses: 350 000 chômeurs, soit moins de 2% de la population active et une croissance cette année là de 4,5% du PIB. Ca fait rêver. 50 ans après, l’économie française est loin de cette performance et de surcroit elle est fortement contrainte pour décider de mesures drastiques par la mondialisation du commerce et son appartenance à l’Union Européenne.

Il y a certes des problèmes à régler mais je persiste à penser que le modèle d’évolution disruptif est extrêmement dangereux et contre-productif sauf peut être pour les puissants qui ont suffisamment de réserves pour passer le cap et pour les meneurs de ces révolutions qui en général ne risquent rien, ni leur entreprise, ni leur emploi.

LA TRANSITION PLUTOT QUE LA RUPTURE

Quand le pyromane allume son feu, obéissant à une pulsion obsédante d’allumer des incendies, il ne sait pas à ce moment si tout cela se terminera par un petit feu de broussailles ou par l’incendie de forêt du siècle. Ce sont les paramètres extérieurs qui décident, la force des vents, leur direction, l’arrivée de la pluie, la présence d’un fleuve… L’homme perd en général le contrôle et doit quand il doit lutter contre ce fléau mobiliser des moyens disproportionnés au regard des moyens qui ont servir au départ de feu.

La révolution sociale est donc par essence dangereuse car le résultat peut se révéler être pire que le mal si justement les choses tournent mal.

Le caractère incertain de l’évolution des crises sociales devrait donc en faire des outils de conduite du changement réservés aux pays au prise avec de vrais problèmes de démocratie.

La transition par le dialogue et le vote populaire semblent émminament moins consommatrice d’énergie et de ressources que la rupture par la révolution. Les résultats obtenus par la transition me semblent aussi infiniment plus durables car issus du dialogue apaisé et de la prise de conscience collective de la nécessité du changement.

Les Antilles qui sont passées par une crise majeure en 2009 dont se gaussait d’ailleurs une bonne partie de la presse nationale et des habitants de l’hexagone, ont échappé au virus révolutionnaire. Peut-être par résignation au vu des faibles résultats obtenus plusieurs années après ou peut-être par sagesse, qui sait?

Chacun pourra lire à ce sujet le très bon article écrit par Jade Toussay et se faire sa propre « religion » sur le meilleur moyen de faire avancer de concert une économie et des acquis sociaux:

https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/03/pourquoi-les-manifestations-des-gilets-jaunes-ont-pris-a-la-reunion-et-pas-en-martinique-ou-en-guadeloupe_a_23607036/

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